De la chambre du roi[149].

Si un huissier vous demandait votre nom, il ne fallait jamais le faire précéder du mot monsieur, mais répondre: le marquis ou le comte de X.

Se promener dans l'antichambre en attendant qu'on vous introduisît était d'un goujat.

On devait, en visite, garder son manteau, mais il était défendu de s'y envelopper.

Si l'on vous offrait un objet, vous deviez vous déganter pour le prendre, et baiser la main qui vous l'offrait.

Si quelqu'un, fût-ce un laquais, venait vous parler de la part d'un supérieur, vous deviez vous lever et recevoir l'envoyé debout et découvert.

C'était une incivilité de joindre au mot monsieur le nom ou le titre de la personne à qui on s'adressait. Il ne fallait donc pas dire: oui, monsieur Cicerville, ou oui, monsieur le duc; mais simplement: oui, monsieur.

Un homme parlant de sa femme devait dire seulement: ma femme; y ajouter son nom ou son titre, l'appeler madame X ou madame la présidente, etc., était du plus mauvais goût. Une femme devait également dire: mon mari, jamais monsieur tout court. «C'est une faute pourtant, écrit Courtin, qui est assez ordinaire et sur tout parmy les bourgeoises.»

Si l'on parlait d'une femme à son mari, il fallait au contraire faire suivre le mot madame d'un nom ou d'un titre: Je suis bien aise que madame X soit heureusement accouchée, ou Je souhaite que madame la maréchale reprenne vite ses forces.

On voit que la plupart des règles de politesse observées aujourd'hui dans la conversation remontent à plus de deux siècles.