COIFFURE FANTAISIE..
COIFFURE EN BANDEAU D'AMOUR.
Je ne cite ici, bien entendu, que les coiffures. Je triplerais cette liste si je voulais y comprendre les noms donnés pendant la même période aux bonnets et aux chapeaux.
Dès 1723, l'abbé de Bellegarde écrivait: «Depuis que les femmes se sont avisées de se servir de fers pour soutenir la pyramide de leur coëffure, qui est une espèce de bâtiment à plusieurs étages, elles ont tellement enchéri sur cette mode qu'il n'y a plus de porte assez élevée pour leur donner passage sans baisser la tête[256].» On sait jusqu'à quelle démence cette mode fut portée sous Louis XVI. Une élégante devait avoir alors sur le crâne un échafaudage de chiffons et de cheveux qui égalât le tiers de sa taille, et il entrait dans cet édifice tant de fil de fer qu'on était en droit de demander à une dame quel était l'adroit serrurier qui l'avait coiffée. Je ne crois pas qu'en aucun temps et sous aucun ciel, la mode ait jamais imposé à ses esclaves rien de plus niaisement prétentieux que le pouf. Décrire une de ces parures, je n'y pense point, on m'accuserait d'exagération, je laisse donc la parole à un contemporain qui écrivait au jour le jour et dont le témoignage est inattaquable. Voici, d'après les Mémoires dits de Bachaumont[257], comment était composé le pouf au sentiment. «On l'appelle pouf, à raison de la confusion d'objets qu'il peut contenir, et au sentiment, parce qu'ils doivent être relatifs à ce qu'on aime le plus. La description de celui de madame la duchesse de Chartres rendra plus sensible cette définition. Dans celui de Son Altesse Sérénissime, au fond est une femme assise sur un fauteuil et tenant un nourrisson, ce qui désigne M. le duc de Valois et sa nourrice. A la droite est un perroquet becquetant une cerise, oiseau précieux à la princesse. A gauche est un petit nègre, image de celui qu'elle aime beaucoup. Le surplus est garni de touffes de cheveux de M. le duc de Chartres, son mari; de M. le duc de Penthièvre, son père; de M. le duc d'Orléans, son beau-père, etc., etc. Toutes les femmes veulent avoir un pouf et en raffolent.»
On vit dès lors paraître successivement les poufs:
A la Turque.
A l'Asiatique.
A l'Assyrienne.
A la Chinoise.
A la Sophie.
A l'Art de plaire.
En Crête.
A la Grande prêtresse.
A la Puce.
En Rocher.
En Gueule de loup.
Au Globe fixé.
A Bandelettes.
Etc., etc., etc.
La fortune des poufs fut plus brillante que durable. Dans la fureur de nouveauté qui hantait les cerveaux féminins, une coiffure vieille de trois mois n'était plus bonne qu'à orner ridiculement quelque crâne provincial. Faute de mieux et à bout d'imagination, on s'empara des événements du jour et on les figura en cheveux sur la tête des élégantes. Les romans, le théâtre, les succès de nos armées, les moindres faits divers, tout fut exploité.
En 1778, après le célèbre combat livré aux Anglais par la Belle-Poule, les femmes surmontèrent leurs cheveux d'une frégate avec sa mâture, ses voiles, ses agrès, ses canons, ses pavillons, et cette coiffure prit le nom du glorieux bâtiment qu'elle représentait. Beaumarchais la fit oublier. La vogue de ses Mémoires; le ridicule qu'il jetait sur le gazetier Marin, le succès du Quès-aco, Marin? qui termine le portrait de ce personnage[258], inspirèrent la création du quesaco, trois panaches plantés derrière un chignon composé de huit boucles.
Au même ordre d'idées se rattachent les coiffures suivantes: