» Frère Hugues, abbé de Cluny, à Philippe, roi de France par la grâce de Dieu, gloire et salut.

» Dieu, qui nous a ouvert la porte de l’amitié pour arriver jusqu’à vous, afin de vous parler plus familièrement, veut que je vous dise, tout d’abord, que vous étiez depuis longtemps l’objet de mes pensées et de mes prières. J’ai demandé souvent au Seigneur d’incliner vos penchants, de diriger vos efforts et de tourner votre volonté vers lui, qui est le seul, le vrai et le souverain bien. O mon royal ami ! vous vous en souvenez, plusieurs fois vous m’avez demandé si jamais prince s’était fait moine… »

Ici, il lui cite l’exemple de Gontrant retiré dans le cloître, et il termine en ajoutant :

« Faites comme lui, venez, et nous sommes prêts à vous recevoir en roi, à vous traiter en roi, et à vous obéir en humbles sujets ; venez, et nous prierons le Roi des rois dévotement, pour vous qui de roi serez devenu moine par amour pour lui, afin qu’il vous rétablisse dans vos droits, et un jour le moine deviendra roi, non sur un petit coin de terre pendant un jour ou deux, mais dans le grand empire, au ciel, où votre règne n’aura plus de fin. Ainsi soit-il. »

On enterrait autrefois sous le cloître, ce qui en faisait une salle mortuaire ou salle des aïeux : les ancêtres étaient là témoins de tout, au centre du monastère ; et, plus d’une fois sans doute, le moine vit le fantôme de la mort, enveloppé de son suaire, sortir du tombeau et s’asseoir sur la pierre sépulcrale, pour faire la leçon aux vivants et rappeler le moine à son devoir. Le cloître ressemblait donc à cette chambre réservée aux ancêtres, dans nos vieux manoirs, autour de laquelle on plaçait les portraits de famille. On nommait cette chambre la salle des aïeux, où le descendant d’une illustre race n’entrait jamais sans sentir battre son cœur, et sans entendre une voix mystérieuse qui disait à son oreille que noblesse oblige.

XVIII
Bénédiction d’un abbé.

Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.

C’était en 1837 : dom Etienne venait de se démettre de sa charge d’abbé ; sa démission fut acceptée. L’élection de son successeur eut lieu le 31 octobre de la même année ; elle avait été présidée par le R. P. dom Joseph-Marie, abbé de la Grande-Trappe, alors supérieur de la congrégation en France. Quelque temps après, l’élection fut confirmée à Rome, et enfin la bénédiction du nouvel abbé se fit le 22 avril 1838.

Nous croyons donc, tout en complétant notre Semaine à la Trappe, être agréable à nos lecteurs en leur racontant les cérémonies de la bénédiction d’un abbé.

« L’ordinaire du lieu, Mgr de la Tourelle, occupait alors le siége épiscopal de Valence ; mais son grand âge et ses infirmités ne lui permettant pas de voyager, on s’adressa à Monseigneur l’archevêque d’Avignon, métropolitain de la province. Mgr Dupont se prêta aux vues des solitaires d’Aiguebelle avec une bienveillance qui ne s’effacera jamais de leur souvenir ; ils lui en conservent une vive reconnaissance.