Au désert on étudie la vraie sagesse.
Parti de Toulouse à midi, j’arrivai à Cadours vers trois heures ; de là, je m’acheminai seul, à pied, en vrai pèlerin, vers Sainte-Marie du Désert. J’avais quelques heures de chemin à faire pour arriver au couvent ; aussi, après m’être arrêté au sommet d’une colline, pour contempler le paysage, je pressai le pas dans les ravins pour regagner le temps perdu, si je puis appeler ainsi les moments précieux que j’employais à admirer les magnificences de la création.
Plus j’avançais, plus je trouvais l’aspect du pays sévère et en harmonie avec la sainte retraite dont il semble s’enorgueillir.
Parfois, sur le penchant des coteaux, se présentaient quelques habitations rustiques animant un peu les sites sauvages, et se trouvant là, comme une dernière borne, entre un monde bruyant qu’on oublie et une solitude où l’on adore mieux son Créateur.
Le soleil baissait à l’horizon, et je touchais au terme de mon voyage, au but tant désiré.
A l’extrémité de la vallée se détachait, dans la pénombre, une grande masse grise et solitaire : c’était le couvent. Je sentis encore augmenter ce respect religieux, cette douce mélancolie, qui s’étaient emparés de mon âme pendant une marche longue et silencieuse.
La porte du couvent étant fermée, j’agitai la clochette. Un frère convers m’ouvrit sans sortir de sa cellule, qui était auprès, comme une loge de portier ; mais il se présenta à moi, s’inclina profondément pour me donner le salut de l’hospitalité et me fit entrer. Cet accueil simple et religieux fit sur moi une profonde émotion. Quelques paroles de politesse vinrent expirer sur mes lèvres : je sentais trop vivement l’infériorité de notre étiquette banale ; car, je le dis à ma honte, je ne connaissais les Trappistes que par les pamphlets. Pour la première fois je me trouvais en face d’un trappiste. C’était un homme d’environ trente-cinq ans, d’une taille moyenne ; un ample capuchon ombrageait sa tête ; ses traits, quoique fortement prononcés, avaient une expression douce et prévenante : je me rappelais le tableau du Moine ; sa robe, qui, pour la forme et la couleur, ressemblait à celle des Capucins, était assujettie par une large ceinture de cuir. En m’abordant, il tenait dans ses mains un chapelet auquel il travaillait.
Tandis que je considérais avec une curiosité respectueuse ce costume si étrange et si nouveau pour moi, il me demanda d’une voix amie et avec cet air d’intérêt et d’amabilité que peut seule inspirer la charité chrétienne, le motif qui m’amenait dans cette solitude.
« Je viens, lui dis-je, mon frère, visiter votre monastère et passer quelques jours dans la communauté si on veut bien me le permettre. »
Tout en échangeant nos premières paroles, nous traversâmes un jardin, au milieu duquel se trouve une belle statue de l’Immaculée Conception ; de là, nous parcourûmes plusieurs corridors, pour arriver dans la salle d’attente réservée aux étrangers. « En attendant, me dit le frère, veuillez lire la carte manuscrite attachée au mur ; » et, sur-le-champ, il alla, par trois coups de cloche, donner avis de mon arrivée à deux religieux chargés de recevoir ceux qui viennent visiter la maison.