Jusqu’à ces derniers temps, l’organe purpurifère n’a pas été connu. Quelques naturalistes avaient cru que c’était l’estomac ou le foie, ou le rein, et avaient regardé la pourpre comme le suc gastrique, la bile ou l’urine de l’animal. D’autres, mieux avisés, avaient émis l’idée que la pourpre était produite par un organe spécial. Mais où se trouve cet organe? Quelles sont ses connexions? Quelle est sa forme? Évidemment, on ne l’avait jamais observé, puisque, dans les divers ouvrages de malacologie, on parle d’une veine, d’un réservoir, d’un sac, d’une poche..... C’est à M. Lacaze-Duthiers que la science est redevable de la découverte de cette glande. Il l’a étudiée dans plusieurs espèces, et l’a décrite avec soin.

L’organe purpurifère se trouve à la face inférieure du manteau, entre l’intestin et l’appareil respiratoire, plus près de ce dernier que du premier. Il a la forme d’une bandelette. Sa couleur est blanchâtre et souvent d’un jaune léger. Cet organe ne varie pas beaucoup dans les divers Mollusques.

IV

La matière de la pourpre est blanche ou faiblement jaune, parfois un peu grisâtre. Soumise à l’action de la lumière, elle devient d’abord jaune-citron, puis jaune verdâtre, puis verte, puis violette. Cette dernière teinte se fonce de plus en plus. Ces transformations successives sont accompagnées d’une odeur très-vive et très-pénétrante, qu’on a comparée tantôt à celle de la poudre qui vient de prendre feu, ou à celle de l’oignon brûlé, tantôt à celle de l’essence d’ail ou à celle de l’asa fœtida. Cette odeur se conserve longtemps, et se manifeste surtout lorsqu’on humecte le tissu, même un an après sa coloration.

La teinte de la pourpre perd un peu de sa vivacité par le lavage; ensuite elle persiste. C’est pourquoi l’idée de s’en servir pour marquer le linge est une excellente idée.

En recueillant cette matière, M. Lacaze-Duthiers en a répandu plusieurs fois sur l’ongle de son pouce. Cet ongle s’est bientôt coloré, et il est resté violet pendant plus de cinq semaines.

La substance purpurigène, quand elle n’est pas encore violette, est soluble dans l’eau. Elle devient parfaitement insoluble quand elle a pris cette couleur.

Cette sécrétion, sous l’influence du soleil, est donc insoluble et inaltérable.

Réaumur pensait que l’apparition de la couleur pourpre au bout d’un certain temps était due à l’action de l’air. Un renouvellement de ce fluide était absolument nécessaire, suivant ce célèbre physicien, pour produire la modification dont il s’agit.

Duhamel a mieux étudié le phénomène. Il a constaté qu’il résultait de l’action des rayons lumineux; mais, au lieu d’y voir une propriété photogénique de la matière sécrétée, il a cru que le soleil déterminait la pourpre comme il produit sur les pêches, les pommes d’api et quantité d’autres fruits, une belle couleur rouge. Il a confondu l’action des rayons solaires sur une substance qui n’est plus soumise à la force vitale, avec son influence sur un tissu régi par cette force.