Une fois arrivés à la surface de la mer, les Fucus poussent des branches et des lobes dans toutes les directions, qui s’enlacent et s’entortillent de toutes les manières.

Ces plantes de la surface de la mer ont une exubérance de végétation si fougueuse, si l’on peut parler ainsi, qu’elle dépasse le développement de l’Anacharis du Canada[15]. Cette plante d’eau douce, transportée accidentellement, il y a quelques années, dans les eaux de la Tamise, menace aujourd’hui d’encombrer ce fleuve et d’arrêter la navigation!

Un des caractères des prairies de Varecs, c’est la simplicité de leur composition. Dans une prairie terrestre, on observe un assez grand nombre d’espèces végétales; dans une prairie marine, on n’en compte que deux ou trois, et souvent même qu’une seule.

Mais les prairies flottantes sont bien moins nombreuses et moins remarquables que les prairies sous-marines.

On voit au fond de l’Océan de riches pelouses étalées sur le sol, à plantes serrées et comme confondues, semblables à des tapis de moquette.

On y découvre des buissons et des bosquets, des jardins et des bois. Il existe un petit nombre de forêts vierges sur la terre; on en rencontre presque partout sous les ondes, car la végétation des mers est mieux défendue et mieux respectée que la végétation des continents. L’homme mutile, exploite, arrache, incendie les bois de l’Amérique, mais il n’aborde que très-timidement, avec beaucoup de précautions, et seulement pour quelques minutes, les bois de l’Océan.

Les hydrophytes submergées confondent leurs feuillages d’une manière très-lâche ou très-compacte, et composent des berceaux arrondis, des galeries mystérieuses, ou des fourrés impénétrables... Il y a dans les harmonies végétales de la mer comme une splendide répétition des magnificences de la terre.

Quelques-unes de ces plantes sous-marines sont à peine couvertes d’eau, d’autres se cachent plus ou moins profondément.

Dans les parages des îles Canaries, Humboldt et Bonpland ont retiré d’une profondeur de 67 mètres une Caulerpe à feuilles de Vigne. Elle offrait une admirable couleur verte.

Entre l’île de France et les îles Mascareignes, Bory de Saint-Vincent a recueilli une touffe de Varec turbiné[16] à une profondeur d’environ 200 mètres.