Les Polypiers ont été mal connus pendant longtemps. Ce n’est qu’à l’aide du microscope et par l’étude des individus vivants qu’on est parvenu à connaître leur organisation et leur genre de vie, et qu’on a mis un certain ordre dans la classification des espèces et de leurs variétés. M. Lacaze-Duthiers a ainsi démontré que l’Antipathes glaberrima et le Gorgonia tuberculata de Lamarck, le Leiopathes glaberrima de Gray et le Leiopathes Lamarckii de J. Haime, n’étaient qu’un seul et même Polypier, la Gérardie de Lamarck.
On a reconnu aujourd’hui que, sous la dénomination générale de Polypiers, étaient groupés des animaux distincts. Les uns étaient construits sur le type de l’Hydre, les autres sur le type de l’Actinie; d’autres, enfin, comme les Plumulaires, sur un plan d’organisation totalement différent. Les premiers sont les Polypiers Hydraires; les seconds, les Polypiers Actiniaires; les derniers appartiennent à plusieurs classes d’animaux.
II
Les Polypiers Hydraires sont de faux Polypiers. Des travaux modernes ont appris que ces arborisations sont, pour la plupart, une forme dégradée et transitoire des Méduses. La Méduse fait le Polypier; le Polypier fera la Méduse.
Les Polypiers Hydraires sont très-abondants sur nos côtes. Ils appartiennent au groupe des Tubulaires, des Campanulaires, des Sertulaires...
La Tubulaire chalumeau est un Polypier des plus curieux. Ses tiges, nombreuses, sont cornées, jaunes et marquées d’espace en espace de nœuds inégaux; elles ressemblent à des brins de paille. Leur partie inférieure est tortueuse et très-adhérente aux corps étrangers; la partie supérieure est à peu près droite, ou mieux, légèrement flexueuse. L’ensemble représente un végétal fleuri, sans feuilles ni rameaux.
Au sommet de chaque tige, se développe une double corolle écarlate de quinze à trente-cinq pétales par rangée, les extérieurs étalés, les intérieurs relevés en houppe. Un peu au-dessous paraissent les ovaires, qui pendent, quand ils sont mûrs, comme des grappes orangées. Au bout d’un certain temps, les corolles se flétrissent, tombent et meurent. Un bouton les remplace, lequel produit un nouveau Polype; et ainsi de suite. Cette succession détermine l’allongement des tiges, chaque prétendue fleur élevant un peu le tube qu’elle termine, et chaque addition ajoutant un nœud de plus à l’axe qu’elle allonge.
TUBULAIRE CHALUMEAU
(Tubularia indivisa, d’après Dalyell).
La Tubulaire rameuse est une des productions animales les plus singulières et les plus intéressantes. Parfois elle ressemble à un vieil arbre ruiné par le temps; d’autres fois elle rappelle un vigoureux arbrisseau en miniature, tout fleuri, élevant au-dessus d’une tige brun foncé un grand nombre de branches et de rameaux touffus, que terminent autant de petites Hydres d’un beau jaune ou d’un rouge éclatant.