— Dix minutes, peut-être…
Mlle de Trivières réfléchit qu’en dix minutes on peut dire beaucoup de paroles et que si la rupture devait être consommée le tête-à-tête aurait déjà pris fin.
On pouvait donc présumer que tout allait bien.
En effet, Diane ayant pris la précaution de tousser avant d’entrer, pénétra dans le petit parloir.
Victor Plisson était précisément occupé à signer le traité de paix de baisers sonores plaqués sur les fossettes de Mlle Rose qui riait, ayant encore au bord des cils des gouttes perlées telles qu’on en voit briller sur le rosier étincelant aux premiers rayons d’un soleil de juin.
Victor Plisson était un homme de peu de paroles. Il alla droit au fait.
— Mademoiselle, dit-il à Diane d’un ton respectueux, j’ai décidé Rose à nous marier le plus vite possible. Pour ce qui est de la place que mademoiselle a la bonté de m’offrir, elle me convient, surtout comme ce pays-ci plaît à Rose, qui ne veut pas, même pour moi, — il jeta un regard à sa rougissante fiancée, — même pour moi, quitter mademoiselle… Alors, en nous prenant tous les deux, ça ferait le ménage, et mademoiselle n’aura pas à s’en repentir…
— Oui, ajouta Rose, j’ai dit à Victor que s’il me fallait quitter mademoiselle, notre mariage était rompu… J’ai pardonné les… les autres personnes, mais je ne lui pardonnerais pas de m’enlever d’ici. J’espère qu’avec le temps et… avec moi — un petit sourire à l’heureux fiancé — avec moi, il s’habituera au pays et qu’il ne s’y trouvera pas trop malheureux !
— Mademoiselle l’entend ! s’écria le brave garçon ravi, pendant que Rose enfouissait ses frisons sur son épaule, comme si je pouvais me trouver malheureux là où elle est ! Mais elle est rusée comme une ablette, elle aura toujours le dernier mot.
Le jour même, l’amputé, promu au grade de gardien en chef de la Biche-au-Bois, prenait possession de son poste.