— Y a-t-il longtemps que vous venez ici ?
— Un peu plus d’un an, mademoiselle. Deux fois par semaine, je vais coudre dans la lingerie. Mais, ce matin, Marie m’a dit que je pouvais m’installer ici.
— Je l’avais permis… Y voyez-vous assez pour faire les petits plis ?
— Oh ! oui, mademoiselle. On est si bien ici ! La lingerie est claire, mais on n’a, en face de soi, toute la journée, qu’un grand mur tout nu ! Tandis qu’ici… sur le jardin… Ça vous donne du cœur à travailler avec le beau soleil et le chant des oiseaux !
Diane jeta un regard du côté du jardin, où rien pour l’instant ne justifiait l’enthousiasme de l’ouvrière, car les nuages cachaient complètement le soleil, et quant au chant des oiseaux, il fallait avoir une vive imagination pour suppléer à leur absence.
La jeune fille dit sèchement :
— Il va pleuvoir et il n’y a pas un seul oiseau dans le jardin.
La lingère eut une expression drôlement désappointée en regardant au dehors sans cesser de tirer l’aiguille.
— Eh bien ! mademoiselle, dit-elle avec un petit rire, ce que c’est que l’idée tout de même ! Ça vous fait voir des choses ! Il y avait un rayon de soleil quand je suis entrée dans la chambre ; je l’aurai gardé dans ma tête ! D’abord, moi, rien que de voir un arbre, des feuilles qui pourraient être vertes, ça me donne des idées de printemps, et je vois tout en beau !
Diane écoutait vaguement avec son air impassible.