— Oui, je sais… je sais ! C’est égal, je ne serai plus son tuteur que de nom… Vous reconnaîtrez du moins, chère amie, que, depuis huit ans, je n’ai point abusé d’une autorité…

Avec élan, Mme de Trivières tendit ses mains :

— Vous avez été un père pour mes enfants depuis la mort de notre pauvre Bernard, et, pour moi, le meilleur et le plus indulgent des amis.

— Indulgent ! ah ! ah ! nous y voilà, reprit le général ; peut-être reconnaissez-vous, belle dame, qu’une certaine indulgence était parfois nécessaire ?

Mme de Trivières eut une moue coquette qui la fit ressembler davantage à ce qu’elle avait été, c’est-à-dire à une charmante femme.

— Nos idées, nos manières de voir là-dessus, étaient si différentes… si éloignées !

— Éloignées d’un quart de siècle… au moins !

— Vous vous vieillissez, général. C’est vrai, je reconnais que je n’ai pas toujours suivi vos conseils à la lettre, par exemple en ce qui concerne la présentation de ma fille dans le monde, la fréquence de nos sorties : vous la trouviez trop jeune, vous ne compreniez pas le plaisir que j’avais à montrer ma fille, à m’en parer, vous me disiez que je la rendais mondaine… Ne faut-il point qu’elle le soit ? Diane est destinée à faire un brillant mariage…

— Pourquoi ne dites-vous pas un heureux mariage ?

Mme de Trivières eut un petit rire.