— Oui… et ce défaut est assez difficile à définir. En un mot, marquise, ce qui lui manque, c’est… l’étincelle ! Je m’explique. Si vous voulez, prenons une comparaison. Vous avez beaucoup voyagé.

Vous avez fait autrefois, si je ne me trompe, quand votre mari était attaché à je ne sais quelle ambassade lointaine, un séjour aux Indes.

— Oui. Mais, grand Dieu ! général, quel rapport ?

— Attendez… Vous avez dû assister à des fêtes bouddhiques ; vous avez vu le peuple hindou se presser dans les pagodes pour porter des offrandes aux idoles ?

— Je vous avoue que je ne vois pas où vous voulez en venir… Nous parlions de ma fille…

— J’y reviens. Parmi les innombrables divinités qu’adorent ces païens, j’ai remarqué une magnifique déesse au sourire énigmatique, qui était choyée particulièrement ; on éparpillait des fleurs à ses pieds, on lui brûlait sous le nez des huiles parfumées : comme vous le pensez, elle recevait les hommages de ses fidèles avec le même sourire indifférent, la même attitude impassible.

— J’espère, dit Mme de Trivières en prenant un air choqué, que ce n’est pas le portrait de Diane que vous faites-là ?

— Un peu, si. Ne vous fâchez pas ! Vous souvenez-vous du nom de cette idole qui préside aux fêtes humaines ? Elle porte un bien joli nom : c’est Mayâ-Davi, la reine Illusion.

Le général d’Antivy s’arrêta de parler et regarda la marquise avec un fin sourire.

Celle-ci dit d’un ton un peu sec :