Et tous les voyageurs prirent le galop au milieu d'un nuage de poussière qu'enflammait le soleil; les mules défilaient entre d'énormes blocs de granit, le torrent mugissait dans de bouillonnants entonnoirs, les forêts pliaient avec d'immenses craquements; et de ces profondes solitudes que remuait le vent sortaient des voix confusément menaçantes, qui tantôt s'approchaient, tantôt s'éloignaient, comme si une troupe de voleurs rôdait aux environs.
III
LE MARQUIS D'AROCA.
Mets-toi voleur de grand
chemin, tu gagneras ta vie.
CALDERON.
Qui n'aime, aux jours de la canicule dans les bois, lorsque les geais criards se disputent la ramée et l'ombre, un lit de mousse et la feuille à l'envers du chêne?
Les deux larrons bâillèrent, demandant l'heure au bohémien qui les poussait du pied comme des pourceaux.
«Debout! répondit celui-ci, debout! Il est l'heure de décamper. Le marquis d'Aroca flaire notre piste avec six alguazils.
—Qui? le marquis d'Aroca, dont j'ai escamoté la montre à la procession des révérends pères dominicains de Santillane! dit l'un.
—Le marquis d'Aroca, dont j'ai enfourché la mule à la foire de Salamanque! dit l'autre.