Avec cette désinvolture charmante et cette aisance aristocratique que lui enviaient tous ses camarades, Guy, muni de sa feuille de route, pénétra chez l'officier chargé des écritures du régiment et qu'on appelle le gros major.
—Bonjour, mesdames, bonjour, messieurs… Ah! pardon, il n'y a pas de dames, et je le regrette… Le gros major, s'il vous plaît?
—C'est moi, fit un grand vieux sec, en veston, d'aspect grincheux.
—Comment! c'est vous le gros major? reprit Guy au comble de l'étonnement. Eh bien! il faut que vous me le disiez vous-même pour que je le croie. Vous n'êtes pas gros du tout… et vous avez l'air si peu major! Quand on me parlait du gros major, ce mot évoquait dans mon esprit une manière de futaille galonnée. J'arrive, et qu'est-ce que je trouve?… une espèce d'échalas civil.
L'officier, déjà fort désobligé par ces propos impertinents, bondit de rage et d'indignation lorsqu'il apprit qu'ils étaient tenus par un simple engagé, un bleu! L'attitude du jeune vicomte reçut sa récompense immédiate sous forme de huit jours de consigne.
—Et puis, ajouta l'officier, je me charge de vous recommander à votre capitaine.
—Je m'en rapporte à vous, mon gros major, et vous en remercie à l'avance. On n'est jamais trop recommandé auprès de ses chefs.
De tels débuts promettaient; ils tinrent.
Tout de suite, Guy de La Hurlotte devint la coqueluche du régiment, où il apporta, à remplir ses devoirs militaires, tant de fantaisie et un tel parti pris d'imprévu, que la discipline n'y trouva pas toujours son compte.
Mais pouvait-on lui en vouloir, à cet endiablé vicomte, si charmant, si bon garçon, toujours le cœur et le londrès sur la main?