—Si, ça va. Spectacle superbe, mais douloureux souvenir. Toutes les plus fortes marées du siècle brisent mon pauvre cœur.
—Contez-moi ça.
—Volontiers, mais pas là.
Et il m'entraîna dans la petite arrière-boutique d'un bureau de tabac où une jeune femme anglaise, plutôt jolie, nous servit un swenskapunch de derrière les fagots.
Axelsen étancha ses larmes, et voici la navrante histoire qu'il me narra:
—Il y a cinq ans de cela. J'habitais Bergen (Norvège) et je débutais dans les arts. Un jour, un soir plutôt, à un bal chez M. Isdahl, le grand marchand de rogues, je tombai amoureux d'une jeune fille charmante à laquelle, du premier coup, je ne fus pas complètement indifférent. Je me fis présenter à son père et devins familier de la maison. C'était bientôt sa fête. J'eus l'idée de lui faire un cadeau, mais quel cadeau?… Tu ne connais pas la baie de Vaagen?
—Pas encore.
—Eh bien, c'est une fort jolie baie dont mon amie raffolait, surtout en un petit coin. Je me dis: « Je vais lui faire une jolie aquarelle de ce petit coin, elle sera bien contente. » Et un beau matin me voilà parti avec mon attirail d'aquarelliste. Je n'avais oublié qu'une chose, mon pauvre ami: de l'eau. Or tu sais que si le mouillage est interdit aux marchands de vins, il est presque indispensable aux aquarellistes. Pas d'eau! Ma foi, me dis-je, je vais faire mon aquarelle à l'eau de mer, je verrai ce que ça donnera.
« Ça donna une fort jolie aquarelle que j'offris à mon amie et qu'elle accrocha tout de suite dans sa chambre. Seulement… tu ne sais pas ce qui arriva?
—Je le saurai quand tu me l'auras dit.