ABUS DE POUVOIR

Lorsque je fus parvenu, ma chère Hélène, à l'âge où les jeunes hommes choisissent leur carrière, j'hésitai longuement entre l'état ecclésiastique et la chapellerie.

J'aurais bien voulu me faire prêtre, rapport à la confession, mais, pour des motifs qu'on trouvera développés tout au long dans un petit opuscule de moi, récemment paru chez Gauthier-Villars, la chapellerie ne laissait pas que de me taper violemment dans l'œil.

Si violemment, qu'en fin de compte, j'optai pour cette profession.

La vieille tante qui m'a élevé s'informa d'une bonne maison où je pusse sucer le meilleur lait des premiers principes, et, à quelques jours de là, j'entrais, en qualité de jeune commis, chez MM. Pinaud et Amour, rue Richelieu.

La maison Pinaud et Amour se composait, à cette époque, comme l'indique son nom, d'un nommé Pinaud et d'un nommé Amour.

Mes nouveaux patrons me prirent tout de suite en amitié.

Le fait est que j'avais tout pour moi: physique avantageux, manières affables, vive intelligence des affaires, de la conversation, aperçus ingénieux, vives ripostes, et (ce qui ne gâte rien) une probité relative ou à peu près.

Avec cela, musicien, doué d'une voix de mezzo-soprano d'un charme irrésistible.

N'oublions pas, puisque nous sommes sur ce chapitre, et bien que la chose ne comporte qu'un intérêt indirect, ma peu commune aptitude aux sciences physiques et naturelles.