Pourtant, le soir des noces, il lui avait dit avec une tranquillité terrible:

—Bertha, si jamais vous me trompez, arrangez-vous de façon que je l'ignore.

Et il avait ajouté:

—Dans votre intérêt.

Le Dr Snowdrop, comme beaucoup de médecins américains, avait en pension chez lui un élève qui assistait à ses consultations et l'accompagnait dans ses visites, excellente éducation pratique qu'on devrait appliquer en France. On verrait peut-être baisser la mortalité qui afflige si cruellement la clientèle de nos jeunes docteurs.

L'élève de M. Snowdrop, George Arthurson, joli garçon d'une vingtaine d'années, était le fils d'un des plus vieux amis du docteur, et ce dernier l'aimait comme son propre fils.

Le jeune homme ne fut pas insensible à la beauté de miss Bertha, mais, en honnête garçon qu'il était, il refoula son sentiment au fond de son cœur et se jeta dans l'étude pour occuper ses esprits.

Bertha, de son côté, avait aimé George tout de suite, mais, en épouse fidèle, elle voulut attendre que George lui fasse la cour le premier. Ce manège ne pouvait durer bien longtemps, et un beau jour George et Bertha se trouvèrent dans les bras l'un de l'autre.

Honteux de sa faiblesse, George se jura de ne pas recommencer, mais
Bertha s'était juré le contraire.

Le jeune homme la fuyait; elle lui écrivit des lettres d'une passion débordante: « … Être toujours avec toi; ne jamais nous quitter, de nos deux êtres ne faire qu'un être! … »