—Eh ben, quoi donc? fis-je.

—Ah! Monsieur Ludovic, quel malheur pour tout le monde, à commencer par moi!

Et comme j'insistais, il me dit tout bas:

—Je vous raconterai ça après déjeuner, car cette histoire-là pourrait influencer les nouveaux pensionnaires.

Après déjeuner, voici ce que j'appris:

La table d'hôte de l'Hôtel de France et de Normandie est fréquentée par des célibataires qui appartiennent, pour la plupart, à des administrations de l'État, à des compagnies d'assurances, par des voyageurs de commerce, etc., etc. En général, ce sont des jeunes gens bien élevés, mais qui s'ennuient un peu à Andouilly, joli pays, mais monotone à la longue.

L'arrivée d'un nouveau pensionnaire, voyageur de commerce, touriste ou autre, est donc considérée comme une bonne fortune: c'est un peu d'air du dehors qui vient doucement moirer le morne et stagnant étang de l'ennui quotidien.

On cause, on s'attarde au dessert, on se montre des tours, des équilibres avec des fourchettes, des assiettes, des bouteilles. On se raconte l'histoire du Marseillais:

« Et celle-là, la connaissez-vous? Il y avait une fois un Marseillais… »

Bref, ces quelques distractions abrègent un peu le temps, et tout étranger tant soit peu aimable se voit sympathiquement accueilli.