Chaque jour, dans l'après-midi, une espèce de vieux serin, rentier dans le quartier, ennemi du progrès, clérical enragé, venait tailler avec moi d'interminables bavettes, dont Darwin était le sujet principal.

Mon vieux serin considérait Darwin comme un grand coupable et ne parlait rien moins que de le pendre. (Darwin n'était pas encore mort, à ce moment-là.)

Moi, je lui répondais que Bossuet était un drôle et que, si je savais où se trouvait sa tombe, j'irais la souiller d'excréments.

Et des après-midi entiers s'écoulaient à causer adaptation, sélection, transformisme, hérédité.

—Vous avez beau dire, criait le vieux serin, c'est la Providence qui crée tel ou tel organe pour telle ou telle fonction!

—C'est pas vrai, répliquais-je passionnément, votre Providence est une grande dinde. C'est le milieu qui transforme l'organe, et l'adapte à la fonction.

—Votre Darwin est une canaille!

—Votre Fénelon est un singe!

Pendant nos discussions pseudo scientifiques, je vous laisse à penser comme les prescriptions étaient consciencieusement exécutées.

Je me rappelle notamment un pauvre monsieur qui arriva au moment le plus chaud, avec une ordonnance comportant deux médicaments: 1º une eau quelconque pour se frictionner le cuir chevelu; 2º un sirop pour se purifier le sang.