Et toute la noce de répéter: « Vincent est devenu fou! »
Vincent n'était pas devenu fou, mais en apprenant le nom de l'embrasseur, il était devenu très embêté.
Avec une philosophie charmante, il prit son chapeau, son pardessus et le premier train pour Paris.
Peu de jours après cette regrettable scène, il reçut des nouvelles de
Fontenay sous la forme d'une demande de divorce.
Vincent Desflemmes ne constitua même pas d'avoué. L'avocat de la partie adverse eut beau jeu à démontrer sa folie subite, sa démence incoercible, son insanité dégoûtante, son aliénation redoutable. Le divorce fut prononcé.
Vincent en a été quitte pour reprendre ses occupations qui consistent à s'en aller flâner, entre les repas, tout seul, sans canne, sans chien, sans femme.
Il a toujours conservé un vif penchant pour les noces des autres, mais il n'y rencontre plus l'embrasseur.
LE PENDU BIENVEILLANT
Aussi loin derrière lui qu'il reportât ses souvenirs, il ne se rappelait pas une seule minute de veine dans sa pauvre vie. La guigne, toujours la guigne! Et pourtant, chose étrange, jamais de cette série obstinément noire n'était résultée pour lui, l'ombre d'une jalousie ou d'une rancune.
Il aimait son prochain, et de tout son cœur le plaignait de la triste existence à laquelle il était voué.