La petit Lily, la plus jeune, faisait un effet comique avec ses cheveux flamboyants, mais flamboyants comme le sont les cheveux des Anglaises quand ils se mettent à être flamboyants.

Celle que j'aimais par-dessus tout le reste, c'était la moyenne, miss
Emily, que j'appelais, pour m'amuser, Mam'zelle Miss.

À cette époque-là, miss Emily, pouvait avoir dans les quinze ans, mais elle avait quinze ans comme ont les Anglaises quand elles se mettent à avoir quinze ans.

Elle allait à la même pension que mes cousines, et il arrivait souvent que, le soir, j'accompagnais les fillettes.

Au moment de se séparer, elles s'embrassaient. Moi, de l'air le plus innocent, je faisais semblant d'être de la tournée, et j'embrassais tout ce joli petit monde-là.

Mam'zelle Miss se laissait gentiment faire, bien que je fusse déjà un grand garçon. Et je me souviens que la place de mes baisers apparaissait toute rouge sur ses joues, tant sa peau rose était délicate et fine.

Des fois je la pressais un peu trop fort, alors elle me faisait de gentils reproches, des reproches où son « britishisme » natif mettait comme un gazouillis d'oiseau.

Pour peu qu'elle rît, sa lèvre supérieure se retroussait et laissait apercevoir la nacre humide de ses affriolantes quenottes.

C'étaient surtout ses cheveux que j'aimais, des cheveux fins comme Lin, cheveux d'un or si pâle qu'on croyait rêver.

Leur père, un fort joli homme, joli comme le sont les Anglais quand ils se mettent à être jolis, adorait ces trois petites et remplaçait, à force de tendresse, la mère morte depuis longtemps.