Il a du talent à jeun et de la sentimentalité le reste du temps.
À ce moment, la sentimentalité dominait.
Était-ce la brise un peu vive? Était-ce le trop-plein de son cœur?... Ses yeux se remplissaient de larmes.
«Eh bien? fis-je, cordial, ça ne va donc pas, Axelsen?
—Si, ça va. Spectacle superbe, mais douloureux souvenir. Toutes les Plus fortes marées du siècle brisent mon cœur.
—Contez-moi ça.
—Volontiers, mais pas là.»
Et il m'entraîna dans la petite arrière-boutique d'un bureau de tabac où une jeune femme anglaise, plutôt jolie, nous servit un swenska-punch de derrière les fagots.
Axelsen étancha ses larmes, et voici la navrante histoire qu'il me narra:
«Il y a cinq ans de cela. J'habitais Bergen (Norvège) et je débutais dans les arts. Un jour, un soir plutôt, à un bal chez M. Isdahl, le grand marchand de rogues, je tombais amoureux d'une jeune fille charmante, à laquelle, du premier coup, je ne fus pas complètement indifférent Je me fis présenter à son père et devins familier de la maison. C'était bientôt sa fête. J'eus l'idée de lui faire un cadeau, mais quel cadeau?... Tu ne connais pas la baie de Vaagen?