Personne, d'ailleurs, dans l'équipage du Topsy-Turvy, ne se souvenait avoir vu Steelcock se mêler de quoi que ce fût qui ressemblât à un commandement ou à une manœuvre.
Les mains derrière le dos, toujours élégamment vêtu, quelles que fussent les perturbations météorologiques, il se promenait sur le pont de son navire, avec l'air flâneur et détaché que prennent les gentlemen d'Édimbourg dans Princes-Street.
Chaque fois que son second, un de ces vieux salés de Dundee pour qui la mer est sans voile et le ciel sans mystère, lui communiquait le «point», Steelcock s'efforçait de paraître prodigieusement intéressé, mais on sentait que son esprit était loin et qu'il se fichait bien des longitudes et latitudes par lesquelles on pouvait se trouver.
Ah! oui, il était loin, l'esprit de Steelcock! Oh! combien loin!
Steelcock pensait aux femmes, aux femmes qu'il venait de quitter, aux femmes qu'il allait revoir, aux femmes, quoi!
Des fois, il demeurait durant des heures, appuyé sur le bastingage, à contempler la mer.
S'attendait-il à ce que, soudain, émergeât une sirène, ou ne voyait-il dans l'onde que la cruelle image de la femme? Les flots ne symbolisent-ils pas bien—des poètes l'ont observé—les changeantes bêtes et les déconcertantes trahisons des femmes? (Attrape, les dames!).
Dès que la terre de destination était signalée, Steelcock cessait d'être un homme pour devenir un cyclone d'amour, un cyclone d'aspect tranquille, mais auprès duquel les pires ouragans ne sont que de bien petites brises.
Aussitôt le navire à quai, Steelcock filait, laissant son vieux forban de second se débrouiller avec la douane et les ship-brokers, et le voilà qui partait par la ville.
N'allez pas croire au moins que le distingué capitaine se jetait, tel un fauve, sur la première chair à plaisir venue, comme il s'en trouve trop, hélas! dans les ports de mer.