—Le temps n'est jamais clair! Alors....

—Nous avons la sirène qui beugle dans la brume.

—La sirène, c'est de la blague. Je défie à un navigateur qui voyage dans la brume de me dire, à 30 degrés près, la direction d'une sirène, s'il en est éloigné de quelques milles. Alors, j'ai inventé autre chose. Puisqu'on ne voit pas le feu du phare, puisqu'on se trompe sur la direction du son de la sirène, j'ai imaginé le phare odoriférant. Écoutez-moi bien.

—Allez-y!

—Chaque phare a son odeur, soigneusement indiquée sur les cartes marines. J'ai des phares à la rose, des phares au citron, des phares au musc. Au sommet des phares, un puissant vaporisateur projette ces odeurs vers la mer. Rien de plus simple, alors, pour se diriger. En temps de brume, le capitaine ouvre les narines et constate, par exemple, qu'une odeur de girofle lui arrive par N.-N.-O. et une odeur de réséda par S.-E. En consultant sa carte, il détermine ainsi sa situation exacte. Hein?...

—Épatant! Et puis il y a une chose à laquelle vous n'avez pas pensé. Je vous donne l'idée pour rien: quand il s'agira d'un phare situé sur des rochers, en mer, construisez-le en fromage de Livarot, on le sentira de loin; et si quelque tempête, comme il arrive souvent, empêche d'aller le ravitailler, eh bien, les gardiens ne mourront pas de faim: ils mangeront leur phare!

Le drôle de bonhomme me regarda d'un air méprisant, et causa d'autre chose.


[Faits-divers et d'été]

Une lettre reçue la semaine dernière de Chalon-sur-Saône n'a pas laissé que de me piquer au vif.