Ce pauvre Tirouard, j'étais si content de le revoir! Depuis le temps!

Et nous égrenâmes les souvenirs du passé.

Et Machin? Et Untel? Et Chose? Hélas! que de disparus!

Tirouard et moi, nous étions dans la même classe au collège. Je ne me rappelle pas bien lequel de nous deux était le plus flemmard, mais ce qu'on rigolait!

Il mettait au pillage la maison de son père qui était quincaillier et nous apportait chaque matin mille petits objets utiles ou agréables: des couteaux, des vis, des cadenas, des aimants (j'adorais les aimants).

Moi, en ma qualité de fils de pharmacien, je gorgeais mes camarades d'un tas de cochonneries: des pâtes pectorales, des dattes. Entre-temps j'apportais des seringues en verre (ô joie!) et des suspensoirs qu'on transformait en frondes.

Un jour—mon Dieu! ai-je ri ce jour-là!—j'arrivai muni d'une boîte de biscuits dont chacun recelait, si j'ai bonne mémoire, soixante-quinze centigrammes de scammonée.

Toute la classe ne fit qu'une bouchée de ces friandises traîtresses, mais c'est une heure après qu'il fallait voir les faces livides de mes petits camarades! Mon Dieu! ai-je ri!

Ah! ce jour-là, le niveau des études ne monta pas beaucoup dans notre classe!

Comme c'est loin, tout ça!