Je descendis à la station de Baisemoy-en-Cort, où m'attendait le dog-cart de mon vieil ami Lenfileur.
Dans le train, je m'étais aperçu d'un oubli impardonnable (véritablement impardonnable) et ma première préoccupation, en débarquant, fut de me faire conduire au bureau des Postes et Télégraphes, afin d'envoyer une dépêche à Paris.
Le bureau de Baisemoy-en-Cort se fait remarquer par une absence de confortable qui frise la pénurie.
Dans une encre décolorée et moisie, mais boueuse, je trempai une vieille plume hors d'âge et je griffonnai, à grand-peine, des caractères dont l'ensemble constituait ma dépêche.
Une dame, plutôt vilaine, la recueillit sans bienveillance, compta les mots et m'indiqua une somme que je versai incontinent sur la planchette du guichet.
J'allais me retirer avec la satisfaction du devoir accompli lorsque j'aperçus dans le bureau, me tournant le dos, une jeune femme occupée à manipuler un Morse[1] fébrilement.
Jeune? probablement. Rousse? sûrement. Jolie? pourquoi pas!
Sa robe noire, toute simple, moulait un joli corps dodu et bien compris.
Sa copieuse chevelure, relevée en torsade sur le sommet de la tête, dégageait la nuque, une nuque divine, d'ambre clair, où venait mourir, très bas dans le cou, une petite toison délicate, frisée—insubstantielle, on eût dit.
(Si on a du poil à l'âme, ce doit être dans le genre de cette nuque-là).