J'achetai des timbres, j'envoyai des dépêches, je m'enquis de l'heure des distributions; bref, pendant un bon quart d'heure, je jouai au naturel mon rôle d'idiot passionné.
Elle me répondait tranquillement, posément, avec un air de petite femme bien gentille et bien raisonnable.
Et j'y revins tous les jours, et même deux fois par jour, car j'avais fini par connaître ses heures de service, et je me gardais bien de manquer ce rendez-vous, que j'étais le seul, hélas! à me donner.
Pour rendre vraisemblables mes visites, j'écrivais des lettres à mes amis, à des indifférents.
J'envoyai notamment quelques dépêches à des personnes qui me crurent certainement frappé d'aliénation.
Jamais de ma vie je ne m'étais livré à une telle orgie de correspondance.
Et chaque jour, je me disais: «C'est pour cette fois; je vais lui parler!».
Mais, chaque jour, son air sérieux me glaçait et au lieu de lui dire: «Mademoiselle, je vous aime!» je me bornais à lui balbutier: «Un timbre de trois sous, s'il vous plaît, mademoiselle!»
La situation devenait intolérable.
Comme ma villégiature tirait à sa fin, je résolus d'incendier mes vaisseaux, et de risquer le tout pour le tout.