Alors que les officiers de l'active se conduisaient à notre égard comme les meilleurs bougres de la terre, lui, Pète-sec, faisait une mousse de tous les diables et un zèle dont la meilleure part consistait à nous submerger de consigne, salle de police et autres apanages.

Ah! le cochon!

Comme nous n'étions pas venus, en somme, à Lisieux pour coucher à la boîte, nous résolûmes, quelques réservistes et moi, de mettre un frein à l'ardeur de ce soyeux en délire, et notre procédé mérite vraiment qu'on le relate ici.

Le colonel, ou plutôt le lieutenant-colonel, car la garnison de Lisieux ne comporte que le 4e bataillon et le dépôt, avait autorisé à coucher en ville tous les réservistes mariés et accompagnés de leur épouse.

Bien que célibataire à cette époque (et encore maintenant, d'ailleurs), je déclarai effrontément être consort et j'obtins mon autorisation.

Inutile d'ajouter qu'une foule de garçons dans mon cas agirent comme moi, et si la Société des Lits Militaires avait tant soit peu de cœur, elle nous enverrait un joli bronze en signe de gratitude.

Le brave lieutenant-colonel avait ajouté au rapport que les réservistes couchant en ville devaient réintégrer leurs logements aussitôt après la retraite sonnée.

Cette dernière clause, bien entendu, resta pour nous lettre morte.

L'exercice fini, on rentrait chez soi se livrer à des soins de propreté, après quoi on dînait. Et puis on tâchait vaguement de tuer la soirée au concert du café Dubois ou à l'Alcazar (!) de la rue Petite-Couture.

D'autres se rendaient en des logis infâmes de la rue du Moulin-à-Tan, mais si c'est de la sorte que ces gaillards-là se préparaient à reprendre l'Alsace et la Lorraine, alors macache! comme on dit en style militaire.