Quelques privautés manuelles m'apprirent à n'en pas douter que la clef se trouvait dans une des poches de la belle.
Donc, plus de doutes!
Comment l'idée me vint de faire ce que je fis en cette circonstance, je n'en sais encore rien. Une lueur de génie, sans doute!
J'envoyai Ellen m'acheter une cravate chez un chemisier de l'avenue de Villiers, prétendant qu'elle seule saurait la choisir à mon goût.
Pendant son absence, et en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, j'arrêtais une voiture; aidé d'un commissionnaire, je chargeais le bahut Henri II, et en route pour la salle des ventes!
Le meuble, grâce à quelques pièces de cent sous judicieusement distribuées, prit place dans un mobilier qu'on allait mettre en vente.
On fit bien quelques difficultés pour la clef absente, mais l'état du dehors répondait pour la conservation intérieure.
Au bout d'une demi-heure, un Auvergnat en faisait l'acquisition pour la somme de deux cent cinquante francs. (Il m'en avait coûté six cents).
Mon bahut fut chargé avec son contenu sur une énorme voiture de déménagement. On entassa par-dessus les objets les plus hétéroclites, literie, bronzes d'art, bouteilles de vin, cages à oiseaux, voitures d'enfant, lustres en cristal, etc.
Sous cet attirail, le gigolo devait mener un train d'enfer, mais les parois épaisses du bahut étouffaient ses clameurs.