J'allais employer la violence quand je fus séduit par l'étrangeté de la situation.
Un citoyen français, libre, innocent, ayant payé sa place, n'aurait pas le droit de descendre d'une voiture publique, à tel moment qu'il lui plairait!
—Non, monsieur.
Tous les voyageurs me donnaient tort et semblaient prendre en pitié ma déplorable ignorance.
Un vieux monsieur, officier de la Légion d'honneur, me demanda:
—Vous êtes étranger, sans doute?
—Mon Dieu, monsieur, je suis étranger sans l'être, étant né dans le Calvados de parents français.
Le vieux monsieur mit une infinie bienveillance à m'expliquer le monopole de la Compagnie des Omnibus et une foule de patati et de patata, le tout dans une langue et avec des idées d'esclave qui accepte le monopole du même dos que les nègres de la Jamaïque acceptent les coups de matraque.
Comme, après tout, je m'en fichais, je pris mon parti de l'aventure, décidé à m'amuser de la fiole de ce vieillard décoré mais servile.
—Moi, monsieur, m'écriai-je, je suis un homme libre, et je ne me laisse pas épater par l'œil des barbares!