Que le correspondant dont je publie ici la lettre ne s'y trompe pas une minute! Je sais parfaitement quelle personnalité cache sa modeste signature.
Mais aussi, qu'il se rassure! je ne la dévoilerai point, cette personnalité.
Détenteur d'une haute situation dans l'État (on peut dire, sans crainte d'être taxé d'exagération, qu'il est chef de service), mon correspondant ne relève pas, comme on dit, du domaine de la petite bière.
Sa lettre est l'aimable délassement d'un esprit d'élite et digne, en tous points, du poste important qu'on lui a confié.
Le sort que je fais à sa fantaisie pourra peut-être le déterminer à—si la conversation vient à tomber là-dessus—m'offrir un bureau de tabac ou deux.
Ce que j'en dis, c'est pour les amis, car je ne fume pas, et, ne répondant jamais aux lettres que je reçois, les timbres-poste m'indiffèrent.
«Monsieur le rédacteur,
»Vous êtes certainement un des hommes les plus remarquables de ce temps. Vos articles sont des lumières.
»C'est ce qui m'incite à vous soumettre une idée qui m'est venue et dont je souhaiterais que vous vous fissiez l'ardent zélateur.
»N'êtes-vous pas frappé comme moi—oui, n'est-ce pas?—du profond discrédit dans lequel est tombée la croix de commandeur de la Légion d'honneur?