—C'est là votre atelier? fis-je au peintre.

—Mon atelier? Quel atelier?

—Eh bien, là où vous travaillez, parbleu!

—Là où je travaille, moi? Mais est-ce que je travaille, moi? Est-ce qu'un sincère furtivo-momentiste peut travailler?... Dans le temps, oui, j'ai travaillé... Le matin, je me mettais à peindre une bonne femme... j'allais déjeuner... je revenais... Eh bien, ça n'y était plus... En une heure, devenu vieux jeu, ridicule, périmé! Alors, j'ai renoncé à peindre.

Et pour marquer son inexprimable lassitude, le furtivo-momentiste déboucha la cinquième bouteille de mon excellente bière de Nuremberg. (J'ai oublié de faire mention de la quatrième: je serai reconnaissant au lecteur de me pardonner ce petit oubli.)

Sur la cheminée de ces messieurs s'étalait la photographie d'un jeune homme chevelu portant cette dédicace: «À Loys Job' Har.»

—Loys Job' Har, c'est moi, fit le poète.

—Tous mes compliments! C'est un fort joli nom. Vous êtes d'origine chaldéenne, sans doute?

—Pas du tout... La vérité m'oblige à vous avouer que mon vrai nom est Louis Jobard. J'ai cru pouvoir prendre sur moi de l'esthétiser légèrement.

—Vos aïeux ont dû tressaillir en leur sépulcre.