—Un rude salaud et, j'ajouterai, un cynique comme on n'en rencontre pas souvent!
Certes, le docteur P... n'est pas parfait. Il se bat pour la vie un peu avec les armes qui lui tombent sous la main (tout le monde n'hérite pas d'un arsenal tout fait), mais entre ça et être un rude salaud et un dégoûtant cynique, il s'interpose quelques nuances.
D'abord, il est à peu près docteur comme vous et moi. Il n'a même avec la plus élémentaire thérapeutique que des rapports extrêmement lointains.
On l'appelle docteur, comme on en appelle d'autres commandant, parce que certaines allures imposent certains titres, sans qu'on puisse jamais préciser pourquoi.
L'amusant de la situation, c'est que P... s'imagine parfois être un véritable morticole, et qu'il n'est pas rare de le surprendre gravement occupé à donner au pauvre monde des consultations gratuites, mais ne reposant sur aucun travail scientifique réellement sérieux.
Le docteur P... (conservons-lui ce titre qui ne fait de tort à personne) supplée à l'absence de quelques grandes vertus par mille petites qualités qui les remplacent très suffisamment, ma foi.
Un des grands reproches que je formulerais à son égard, si je m'en reconnaissais le droit, c'est de se livrer au culte d'une foule de jeunes femmes successives, rapidement successives.
J'en étais là de mes réflexions sur le docteur P..., quand le monsieur qui l'avait traité de rude salaud crut devoir insister:
—Oh! oui, un rude salaud! Savez-vous ce qu'il a fait, l'autre soir, en pleine brasserie, devant une trentaine de personnes?