Me voilà tout à la joie de m'en aller loin de ce boueux et brumeux Paris, vers le bon soleil, où je vais soigner ma petite neurasthénie et dorloter ma blême dégénérescence.

Je n'ai pas grandi d'une ligne dans la sympathie de mes Anglais. Ces messieurs ne se gênent vraiment pas assez. Décidément, ce ne sont pas de véritables gentlemen.

Et puis, je m'endors du pur sommeil de la brute avinée.

Quand je m'éveille, il fait petit jour, je jette un coup d'œil sur mes compagnons de route.

Ô délire! Ces trois muffs sont des poitrinaires, tuberculeux au dernier degré!

Dès lors, ma liesse ne connaît plus de bornes.

À la hauteur d'Avignon, un radieux soleil inonde notre car, et j'éprouve un plaisir extrême à contempler la mine blafarde de mes insulaires pignoufs, leurs pommettes rouges, leurs yeux creux, leurs ongles qui s'incurvent et leurs oreilles qui se décollent.

D'Avignon à Marseille, mon voyage n'est qu'un Eden ambulant.

Ça leur apprendra à être polis.