»Loin des plaisirs mondains et frivoles, je me retrempe à l'étude des questions techniques susceptibles de rendre service à la France.
»Je ne me suis pas endormi sur les lauriers de ma bicyclette de montagne—j'ai travaillé le fusil et j'ai la prétention d'être arrivé à ce qu'on appelle quelque chose.
»Un article publié au commencement de ce mois dans les journaux, parlait louangeusement d'une nouvelle balle évidée de calibre cinq millimètres.
»Si la réduction du calibre produit des résultats si merveilleux, pourquoi ne pas arriver carrément au calibre de un millimètre?
»Un millimètre! vous récriez-vous. Une aiguille, alors?
»Parfaitement, une aiguille!
»Et comme toute aiguille qui se respecte a un chas[4] et que tout chas est fait pour être enfilé, j'enfile dans le chas de mon aiguille un solide fil de 3 kilomètres de long, de telle sorte que mon aiguille traversant 15 ou 20 hommes, ces 15 ou 20 hommes se trouvent enfilés du même coup.
»Le chas de mon aiguille—j'oubliais ce détail—est placé au milieu (c'est le cas, d'ailleurs, de beaucoup de chas), de façon qu'après avoir traversé son dernier homme, l'aiguille se place d'elle-même en travers.
»Remarquez que le tireur conserve toujours le bon bout du fil.
»Et alors, en quelques secondes, les compagnies, les bataillons, les régiments ennemis se trouvent enfilés, ficelés, empaquetés, tout prêts à être envoyés vers des lieux de déportation.