Bornons-nous à enregistrer, du haut de notre tribune, l'histoire que me confie le jeune littérateur rouennais.

J'aurais volontiers reproduit littéralement sa lettre (ce qui eût merveilleusement convenu à mon genre d'activité); mais, par malheur, Oger a cru devoir mêler à son récit le nom d'une des plus honorables familles d'Elbeuf. Et je n'étonnerai personne en proclamant mon culte pour les familles d'Elbeuf, même les plus dévoyées.

Or, donc, Raoul Oger se promenait récemment sur la route nationale no 25 (il précise), du Havre à Lille, quand il rencontra, un peu après Montivilliers, un bonhomme assis sur le bord de la route, devant un tas de cailloux.

Ce bonhomme était coiffé d'un chapeau cerclé d'une bande d'étoffe noire sur laquelle, en lettres d'or, se détachait ce mot: Cantonnier.

Et cette inscription n'était point mensongère: le bonhomme en question constituait, en effet, cet humble rouage de l'administration des ponts et chaussées qu'on appelle cantonnier.

Et ce cantonnier exécutait un travail bizarre.

Il faisait passer dans un anneau circulaire en fer chacun des cailloux qui composaient le tas devant lequel il était assis.

Selon: 1o que le caillou passait dans l'anneau trop facilement; 2o qu'il ne passait pas du tout; 3o qu'il passait à peu près juste, le cantonnier le mettait en un tas différent.

Et ces trois tas pouvaient se définir ainsi:

Le tas des petits cailloux,