Déguisés en famille anglaise, l'un représentait le père, flanqué, naturellement, de longs favoris jaunes; le second était attifé en vieille milady à tire-bouchons; les deux autres portaient les costumes d'un ridicule boy et d'une burlesque girl.

Apercevant soudain le petit groom de Maxim's fendant péniblement la foule avec, sous son bras, sa précieuse boîte de cigares, le quatuor se précipita sur le jeune infortuné.

—Aôh! fit le vieux pseudo-Britishman affectant un dérisoire accent anglais, môa aimer bâocoup les bonnes cigares! Et mon fame aussi les bonnes cigares! Et ma baby aussi aimer les bonnes cigares! Et mon petit miss aussi aimer les bonnes cigares!

Malheureusement, les jeunes gens ne s'en tenaient pas à ce discours de mascarade; en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, ils avaient ouvert la boîte et saisi, chacun, un excellent spécimen de cette coûteuse marchandise.

Le pauvre petit avait beau se débattre, que faire contre une foule absurde à qui l'infortune d'autrui jette un aliment de plus dans le foyer des déchaînements et des folies!

Rien de contagieux comme l'exemple!

(J'ai stipulé dans mon testament une récompense de 100,000 fr. au savant qui découvrira le microbe de l'exemple.)

Encouragés par les mignonnes dimensions du petit groom, quelques intrépides gaillards achevaient de piller la boîte de cigares.

Comme de juste, le pauvre gosse n'osa point rentrer (ce en quoi il eut bien tort, car les clubmen étaient tellement saouls qu'ils ne se souvenaient plus de rien).

Tout le reste de la journée et toute la nuit, il erra sur les boulevards, dépensant les trois louis qu'on lui avait rendus sur son billet de cent francs en confetti, en rigolos, en toutes sortes de divertissements.