Le duc a calculé qu'en mettant de la bonne volonté dans tous les pays civilisés de la terre, en contraignant tous les citoyens du monde entier à cultiver du liège dans leurs propriétés, sur le bord des routes, partout enfin où peut pousser le liège, il suffirait d'une vingtaine d'années pour arriver à un résultat définitif.
Mais aussi, quel résultat!
Plus de marine! Plus de ces coûteux et fragiles bateaux à la merci d'un coup de vent ou d'une collision!
Et le railway direct entre Paris et New-York (trois jours et demi de voyage).
Je n'insiste pas sur tous les progrès, sur tous les avantages qu'apporterait à l'humanité la réussite de cette magnifique entreprise.
Malheureusement, l'Angleterre est là, l'Angleterre moins disposée que jamais à négliger sa toute-puissance maritime, l'Angleterre égoïste et mercantile, l'Angleterre, en un mot, toute prête à étrangler dans son oeuf l'idée splendide et civilisatrice du duc de Pauvrelieu!
POST-SCRIPTUM
Un monsieur qui s'intitule ingénieur international m'adresse une lettre en laquelle il reproche aigrement au duc de Pauvrelieu, l'auteur de ce projet, de s'être inspiré d'une idée à lui, idée qu'il développa jadis dans les journaux spéciaux.
Il s'agit des routes flottantes, dont le souvenir est encore vivace (c'est l'ingénieur international qui l'affirme) chez toutes les personnes qui s'occupent sérieusement (sérieusement est souligné) des progrès de l'humanité.
Comme son nom l'indique, la _route flottante est une longue queue de solides radeaux mis bout à bout, mouillés en mer au moyen d'ancres et de chaînes à ressort.