Pas un homme dans cet équipage, d'ailleurs cosmopolite, qui ne joue supérieurement d'un instrument de son pays: des nègres du banjo, des Espagnols de la guitare, etc., etc.
Ce qui me toucha le plus, ce fut de voir deux pauvres Bretons (déserteurs de la flotte française, disait-on), qui soufflaient du biniou avec, parfois, des larmes dans les yeux.
Quant à la grande et étrange musique qui nous avait si fort affolés le matin, c'était un orgue, mais un orgue tel qu'il nous émerveilla tous.
L'air comprimé, qui sert ordinairement à ces instruments, se trouve remplacé, dans celui-là, par de la vapeur à très haute pression.
Selon la forme et la dimension des trous par lesquels s'échappe cette vapeur, on obtient tous les sons de la gamme, depuis les plus suraiguës stridences jusqu'à des contrebasses inconnues dans n'importe quel orchestre.
L'Eden-Boat est, en somme, une institution d'une moralité contestable, mais offrant néanmoins de grandes ressources pour la distraction de ces pauvres longs courriers qui restent souvent des mois sans toucher terre.
Pour ma part, je ne regrettai point les vingt-cinq dollars que me coûtèrent mes deux heures de séjour à bord de ce curieux bâtiment.
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(Passage supprimé pour faire plaisir à M. Bérenger.)