—Moi, disait le singe, je fais des grimaces comme l'homme. Comme l'homme, je gesticule. Mes pattes de derrière sont des jambes et des pieds, celles de devant des bras terminés par des mains. D'un peu loin, on me prendrait pour un homme, un homme petit, mais un homme.

—Moi, disait le perroquet, je n'ai jamais eu la sotte prétention de me faire passer pour un homme, mais de l'homme je possède le plus bel apanage, la parole! Je puis dire de beaux vers et chanter d'ineffables musiques.

—Je puis jouer la pantomime, ripostait le singe.

—La pantomime? ricanait le perroquet en haussant les épaules. La pantomime, art inférieur, suprême ressource pour cabots aphones!

—Art inférieur! s'indignait le singe. Vous n'avez donc par lu la dernière chronique de Mendès sur la pantomime?

—Non! répliquait le perroquet d'un ton sec.

Bref, le singe en tenait pour le Geste, le perroquet pour le Verbe.

Lequel était supérieur et plus près de l'humanité, du Geste ou du
Verbe? That was the question.

Un jour, la querelle prit des proportions démesurées et nos deux animaux furent bien près d'en venir aux… pattes!

Par bonheur, ce scandale fut évité grâce à un trait d'esprit de notre singe, lequel eut le dernier mot: