—Admirable!

—Et pratique, mon vieux! La grosse affaire, c'était l'attelage, c'était le harnais, quoiqu'en somme les vieux Romains aient déjà résolu la question depuis des mille et des mille ans. Pour nous autres, gentilshommes des temps modernes, fiers détenteurs des aciers trempés et des pégamoïds, ce fut un jeu d'enfant que d'atteler ces douze tigres à notre char.

—C'est égal, je ne serais pas rassuré.

—L'électricité est là pour un coup. Au moindre écart, au plus simple bond, une solide décharge vient inculquer au turbulent camarade des sentiments meilleurs. Nos tigres, d'ailleurs, comprennent vite la haute noblesse de leur mission et la parfaite inutilité de leur résistance.

—Pauvres bêtes!

—Pourquoi pauvres bêtes? Le travail qu'on exige d'eux est insignifiant, leur nourriture régulière, grâce à la justesse impeccable et à la longue portée de nos armes.

—Vous ne craignez pas d'être attaqués par d'autres fauves?

—À ses vertus d'infatigable tracteur, le tigre joint l'inconsciente, mais réelle qualité de chien de garde. Dans un campement de tigres, on n'a qu'à dormir sur les deux oreilles.

—Tous mes compliments! Peut-on jeter un coup d'oeil sur l'installation?

—Les tigres nous attendent à Trieste, mais la roulotte est là, dans la cour.