LA SÉCURITÉ DANS LE CHANTAGE

Je reçois d'un fidèle lecteur la lettre suivante à laquelle je ne veux pas changer le moindre iota, bien que j'en réprouve hautement l'immorale tendance.

Le sujet que recèle cette missive m'a semblé assez ingénieux pour amuser, durant quelques minutes, la masse croissante et si fine de nos lecteurs.

«Cher monsieur Allais,

» Malgré tous vos louables efforts pour imprimer à l'industrie un mouvement ascensionnel, pour engrener la science sur des rails inédits, pour,—en un mot—renouveler la face du monde actif, les affaires—(il est lamentable de le constater)—marchent de mal en pis, le commerce ne bat plus que d'une aile, le marché devient de plus en plus lourd, comme disent les agioteurs.

» Pour peu qu'ils soient probes, les trafiquants se voient destinés à une ruine certaine doublée d'un déshonneur imminent.

» C'est, pénétré de ces tristes remarques que je me suis décidé, dans ma hâte de jouir des bienfaits de la vie, à me mettre voleur.

» Tout aussi propre à exercer que n'importe quel commerce, le vol possède l'avantage d'enrichir plus vite celui qui le pratique et d'apporter à l'existence plus d'imprévu que ne saurait le faire le métier le moins monotone.

» Je me suis composé, monsieur, une moralité aussi haute que celle émanant du Code Napoléon.

(Napoléon! Ça lui allait bien, à celui-là, de codifier la protection de la vie humaine et de la propriété!)