Vous souvient-il de cette amusante scène d'une vieille opérette d'Hervé, dans laquelle, un homme venant d'avoir l'oeil crevé par accident, arrive le médecin mandé à la hâte?
Au lieu de se ruer vers le plus immédiat des pansements, l'homme de l'art s'assied dans un fauteuil, et, doctoralement, s'informe des antécédents, et surtout des ascendances du blessé.
—N'auriez-vous pas eu, s'enquiert-il, dans vos parents, quelqu'un qui fût sujet aux affections des yeux?
Aux temps héroïques de l'admirable Hervé, les microbes n'existaient pas, ou plutôt ils existaient mais n'avaient pas encore essuyé l'effroyable publicité qui sévit sur eux depuis quelques années et dont ils se passeraient si bien, d'ailleurs.
Sans cela, Hervé eût complété sa plaisanterie et, sur des rythmes loufoques, expliqué que l'accident du bonhomme provenait, non point d'un cruel traumatisme comme on aurait pu se l'imaginer, mais bien de l'existence préalable d'un virulent microbe, le microbe de l'oeil crevé.
Ne riez pas, frivoles lecteurs!
Si nous n'avons pas encore le microbe de l'oeil crevé, nous détenons, au moins, celui du coup de soleil!
Ne continuez pas à rire, captivantes lectrices!
Le microbe de l'insolation vient d'être découvert et isolé par un médecin autrichien, si j'en crois (et j'en crois) la docte Causerie scientifique de notre savant et pittoresque confrère Henry de Varigny (le Temps, de samedi dernier).
Oui, mesdames et messieurs, l'insolation n'est plus un accident dû à la chaleur, il devient l'effet d'une infection microbienne que—le savant autrichien consent à admettre ce léger détail—favorisent les hautes températures.