Il faisait un temps superbe, et même un peu trop chaud pour la saison; mais qu'importe la haute température, si l'on est libre!

Être libre, tout est là!

Il vaut mieux rôtir au soleil de l'indépendance que de goûter la fraîcheur au sein des cachots du despotisme et de la tyrannie.

Du moins, c'est mon avis.

Donc, nous voilà partis, toute ma famille et moi, la joie au coeur, la chanson aux lèvres, en bras de chemise (les messieurs), en léger corsage d'indienne (les dames et les demoiselles).

Une guinguette attira soudain nos regards, et surtout nos gosiers, car il commençait à faire une soif terrible.

Imaginez une de ces guinguettes à tonnelles, à balançoires, à toutes sortes de jeux et divertissements, une de ces guinguettes dont la seule vue vous fait pousser aux pieds des ailes de pigeon.

Une grosse enseigne: Au rendez-vous des Rigolos se complétait de cette condescendance: On peut apporter son manger.

Ayant déjeuné à la maison avant le départ, nous n'avions pas cru devoir emporter d'aliments avec nous, et nous le regrettâmes, car, grâce au manger dont il nous eût été si facile de nous lotir, nous aurions accompli une collation à la fois économique et réconfortante.

C'est le patron lui-même de l'établissement qui nous servit.