Pendant un an, ce fut le garçon le mieux vêtu de Paris, poussant le snobisme jusqu'à faire blanchir à Londres non seulement son linge, mais encore le jeune nègre qui lui servait de groom.
Ajoutons que diverses demoiselles haut cotées lui donnèrent un joyeux coup de main en vue d'activer l'immanquable déconfiture.
Voilà donc, un matin, mon pauvre ami Leveau-Sauvage sans un sou, presque.
Très courageusement, il s'embarqua pour la Nouvelle-Zélande où l'on venait de découvrir des champs d'émeraudes.
La fortune lui sourit; toute sa vieille réserve d'énergie, jusqu'à ce jour inutilisée, lui vint en aide: bref, en trois ans, il avait reconstitué quelques millions.
Le mois dernier, il débarquait au Havre où j'avais l'occasion de le rencontrer en je ne sais plus quel music-hall.
Grande joie mutuelle à se revoir!
Le croiriez-vous? depuis son départ de Paris, il n'avait pas lu un seul journal français, et je le trouvai barbotant dans l'inconcevable marécage de l'ignorance de tous événements modernes, même sensationnels.
D'ailleurs, n'est-ce pas, il s'en fichait: un vieux Parisien comme lui, on est pas long à reprendre pied dans la vie du boulevard.
(La vie du boulevard!).