» Nous eûmes juste le temps d'arriver; toute la paroisse était déjà là, et je crois même que la première partie de quilles était commencée…»
* * * * *
La bonne vieille dame continua longtemps à causer de la sorte.
Elle aurait pu continuer davantage encore: la macédoine impétueuse de ses discours incohérents m'avait jeté dans une telle stupeur, que je ne percevais plus qu'une sorte de bourdonnement lointain.
Le déjeuner par bonheur, se composait de mets copieux et succulents; les vins surtout me plurent, jouissant d'une vieillesse qui touchait à la sénilité.
—Ce sont, en effet, de très vieux vins, me fit observer le jeune homme, car ils datent de mon grand-père, et ni bonne-maman, ni moi, ne faisons grand tort à notre cave,—n'est-ce pas, bonne-maman?—car nous ne buvons que de l'eau. Voici, entre autres, du malvoisie qui pourrait bien avoir un siècle d'existence.
La vieille dame s'écria:
—Ah! le malvoisie! Dire que s'est dans un tonneau de ce vin-là que s'est noyé le duc d'Orléans. Vous n'avez pas connu le duc d'Orléans?… Non, vous êtes trop jeune. Dieu! quel beau garçon c'était! Je l'ai vu, la première fois que je suis allée à Paris avec mes parents. Il était à cheval, à côté de Charles X qui passait l'armée en revue. Tout le monde criait: Vive l'empereur!… C'était très beau!…
Après déjeuner, nous allâmes, le jeune homme et moi, faire un tour dans le parc.
—Comment trouvez-vous bonne-maman?