Ce qui désole le plus Alexandre dans cette disgrâce, c'est qu'elle lui interdit toute apparition sur la plus quelconque de nos scènes lyriques.

Et cela est fort dommage, mes pauvres amis, car Legrand possède un organe comme on en souhaiterait à plus d'un pensionnaire de M. Gailhard.

Une voix de basse taille, bien entendu.

Et même une superbe voix de basse taille.

À quoi diable a pu penser le bon Dieu le jour où il enferma un tant merveilleux instrument au sein d'une si piètre enveloppe?

Voulut-il s'amuser un brin, le Maître de toute chose?

Peut-être… Est-ce qu'on sait!

Notre pauvre Alexandre, tout en déplorant chaque jour sa triste situation, n'a point cessé de cultiver l'art lyrique comme s'il devait un jour en être l'une des étoiles.

L'Opéra, l'Opéra-Comique et tous les concerts sérieux ne pourraient compter de plus fidèle spectateur et les partitions des maîtres s'entassent sur son piano.

Quelques rares occasions s'offrent à notre ami de faire sonner le splendide métal de son beau creux: fêtes de famille (de la sienne, comme de juste), banquets entre camarades (les siens) et surtout les concerts dans les établissements de jeunes aveugles (public peu préoccupé de la plastique des protagonistes).