Quelquefois l'Enfant-Jésus réserve aux pauvres et aux affligés ses meilleurs cadeaux, comme le prouve la légende des bigorneaux.
Jadis vivait à Saint-Malo une pauvre femme dont presque tous les garçons s'étaient noyés en mer. Un seul avait survécu. Sa mère le garda auprès d'elle...
Un jour de décembre, elle tombe gravement malade.
Son fils l'entend qui pleure. Il se souvient qu'on est à la veille de Noël. Donc, doucement il se déchausse et vient poser son sabot usé auprès des cendres froides; puis il ouvre la fenêtre et se met à prier en regardant le ciel. Soudain, au moment où les cloches annoncent la Messe de minuit, il aperçoit un nuage lumineux qui s'arrête juste au-dessus de la maison.
Ce n'était pas un nuage ordinaire, ou, pour mieux dire, c'était un essaim de ces escargots de mer que l'on appelle des bigorneaux et, que l'on mange sur la côte bretonne. Les premiers remplirent les sabots, les suivants couvrirent le plancher, et quand la place manqua dans la pauvre chambre, ils rampèrent sur les panneaux de bois de la façade, ou s'accrochèrent aux ardoises du toit.
Cependant la pauvre veuve émerveillée se sentait mieux... Elle remplit en hâte plusieurs paniers qu'elle alla vendre le lendemain: jamais elle n'avait fait de si belles recettes, car personne n'avait jamais vu d'escargots de mer si beaux et si appétissants.
On sut bientôt, dans le pays, le prodige qui s'était opéré et l'on appela la vieille maison le château des bigorneaux[125].
Note 125:[ (retour) ] Lectures pour Tous, loc. cit.
Nos poètes ont souvent traité ce sujet si touchant et si naïf du soulier de Noël:
Ainsi qu'ils le font chaque année,