Voici les fantômes qui s'avancent. Près des fées des bois et des eaux, se montrent les korigans avec leurs marteaux et les dragons gardiens des trésors. Ensuite apparaissent le garçon à la grosse tête, épouvantail des nuits pluvieuses, l'homme-loup, le conducteur des morts et le cheval trompeur.

Le char de l'ankou porte l'oiseau de la mort et Jean de feu. Les flammes bleues qui dansent dans les cimetières, les noyés qui sortent de la mer, le diable des carrefours qui vient acheter la poule noire, le sorcier qui cherche l'herbe d'or, les damnés qui soulèvent la pierre de leur tombe pour demander des prières, les lavandières nocturnes... telle est l'épouvantable procession qui chemine à travers la lande, pendant que la neige tourbillonne et que les fidèles sont prosternés devant l'autel[30].

Note 30:[ (retour) ] Noël, chez Desclées, p. 78.

Récits édifiants

Innombrables sont ces sortes de légendes. Nous n'en citerons qu'un petit nombre.

On raconte qu'à Marienstein, ce sanctuaire aimé de la Suisse septentrionale et de l'Alsace, éclosait, la nuit de Noël, une rose, fermée toute l'année, et d'où s'échappaient une délicieuse odeur et une lumière éclatante: c'était la rose de Noël ou la rose des neiges.

On raconte, dit Albert de Mun, dans nos landes de Bretagne, que lorsque les Mages arrivèrent à l'étable de Bethléem, ils y trouvèrent les bergers qui, n'ayant rien autre à offrir au divin Enfant, enguirlandèrent avec des fleurs des champs la Crèche où il était couché; les Mages étalèrent leurs riches présents.

Ce que voyant, les bergers se dirent entre eux: «Nous voilà bien! A côté de ces belles choses d'or et d'argent, que vont devenir nos pauvres fleurs? L'Enfant ne les regardera seulement pas!»

Mais voilà que l'Enfant-Jésus, repoussant doucement du pied les trésors entassés devant lui, étendit sa petite main vers les fleurs, cueillit une marguerite des champs, et, la portant à ses lèvres, y posa un baiser.

C'est depuis ce temps que les marguerites, qui jusqu'alors étaient toutes blanches, ont au bout des feuilles une belle couleur rosée qui semble un reflet de l'aurore, et, au coeur, le rayon d'or tombé des lèvres divines.