Mistral, quand il fut nommé membre de l'Académie marseillaise, en cette langue provençale si colorée, qu'il parle si bien, nous a donné, dans son discours, un tableau pittoresque de cette scène ravissante de la bûche de Noël:

«Au bon vieux temps, la veille de Noël, après le grand repas de la famille assemblée, quand la braise bénite de la bûche traditionnelle, la bûche d'olivier, blanchissait sous les cendres et que l'aïeul vidait, à l'attablée, le dernier verre de vin cuit, tout à coup, de la rue déjà dans l'ombre et déserte, on entendit monter une voix angélique, chantant par là-bas, au loin dans la nuit.»

Et le poète nous conte alors une légende charmante, celle de la Bonne Dame de Noël qui s'en va dans les rues, chantant les Noëls de Saboly à la gloire de Dieu, suivie par tout un cortège de pauvres gens, miséreux des champs et des villes, gueux de campagne, etc., accourus dans la cité en fête.

«Et vite alors, tandis que la bûche s'éteignait peu à peu, lançant ses dernières étincelles, les braves gens rassemblés pour réveillonner ouvraient leurs fenêtres, et la noble chanteuse leur disait: «Braves gens, le bon Dieu est né, n'oubliez pas les pauvres!» Tous descendaient alors avec des corbeilles de gâteaux, et de nougats—car on aime fort le nougat dans le Midi—et ils donnaient aux pauvres le reste du festin».

Comment résister au désir que nous avons depuis longtemps de publier la bûche de Noël de Frédéric Mistral qui a bien voulu correspondre avec nous et nous donner des renseignements si intéressants sur les coutumes de Noël.

Cette description si gracieuse, si poétique, faisait primitivement partie du poème de Mireille: l'auteur a cru devoir la supprimer pour éviter les longueurs[45].

Note 45:[ (retour) ] Il faut être bien puissant et bien sûr de soi pour négliger un tel tableau ou le reléguer dans les bas côtés de son oeuvre. Lisons, relisons la traduction de ces beaux vers. Quelle naïveté! Quelle beauté simple et pieuse! Quelle rusticité pleine de saveur! De plus, quelle noblesse fière! Oui, c'est ainsi que doit être sauvée l'âme d'un peuple et maintenue la haute tradition d'un pays. Chaque stance est soutenue par un souffle divin (X***).

«Ah! Noël, Noël, où est ta douce paix? Où sont les visages riants des petits enfants et des jeunes filles? Où est la main calleuse et agitée du vieillard qui fait la croix sur le saint repas?

«Alors le valet qui laboure quitte le sillon de bonne heure, et servantes et bergers décampent, diligents. Le corps échappé au dur travail, ils vont à leur maisonnette de pisé, avec leurs parents, manger un coeur de céleri et poser gaiement la bûche au feu avec leurs parents.

«Du four, sur la table de peuplier, déjà le pain de Noël arrive, orné de petits houx, festonné d'enjolivures. Déjà s'allument trois chandelles neuves, claires, sacrées, et dans trois blanches écuelles germe le blé nouveau, prémice des moissons.