La messe de la nuit, dite à Sainte-Marie-Majeure, était surtout solennelle: une foule immense remplissait toujours la vaste basilique, toute resplendissante avec ses mosaïques, ses bronzes, ses porphyres, ses tabernacles d'or étincelants de pierres précieuses, et surtout sa longue et majestueuse nef soutenue par trente-huit colonnes de marbre blanc. Représentez-vous cette immense église aussi éclairée qu'en plein jour. C'étaient partout des lumières, il en jaillissait des faisceaux de chaque colonne; le sanctuaire surtout était tout en feu. Et toutes ces lumières se détachaient sur des draperies de velours cramoisi à franges d'or, dont l'église tout entière aussi bien que la colonnade était ornée.
Les chanoines de la basilique allaient en grande pompe chercher la pauvre Crèche qui servit de berceau à l'Enfant-Jésus.
Dès que la sainte relique était exposée à la vénération des fidèles, le Souverain-Pontife commençait la Messe. Et quelle Messe! De quelles suaves et indicibles émotions devaient être inondés les témoins mille fois privilégiés de cette Messe de minuit, dite par le Chef de l'Eglise, près du berceau du Sauveur, à l'heure même où l'Eglise rappelle le souvenir de sa naissance!
Après avoir contemplé et admiré ces splendeurs, abaissons nos regards sur l'humble église de nos villages. Comme la scène de la nuit de Noël est belle dans sa touchante simplicité!
Dans une demi-obscurité, l'office commence.
Au-dessus de l'autel, dominant une Crèche de branchages, une sorte de transparent reflète en vagues miroitements la lumière tremblante des cierges.
Minuit! Un Sauveur nous est né! Chantons Noël!
L'enfantelet de cire, étendu sur la paille, semble baigné d'un flot d'or perçant la claire-voie de l'étable.
Tout autour du choeur flamboie, en lettres d'un mètre de haut, le cantique des Anges, le cri d'amour et d'adoration: Gloria in excelsis Deo!
Le sanctuaire est bien humble, bien pauvre, si pauvre que les cierges vacillants de l'autel et de la nef ont grand'peine à dissiper les ténèbres et qu'il faut, pour suivre l'office dans le gros paroissien aux lettres d'alphabet, s'aider du lumignon qui guidait tout à l'heure les pèlerins à travers la campagne endormie.